l'histoire prend tout son sens
Aujourd’hui, il y a 29 ans, je perds ma fille. Je me souviens… à peine, de cette impression que mon corps se déchire. Il faut dire que j’ai un système de défense puissant, et toutes ces années, il a œuvré : un jour à pleurer, un jour à dénier, un autre à minimiser, puis encore un autre à me dire que la vie était belle malgré tout.
Le deuil, l’histoire de toute ma vie. Un beau matin, je me suis réveillée et j’avais compris son départ. Du coup, j’avais décidé de le vivre mieux — ou comment dirais-je, le vivre ainsi. Pas ainsi fataliste, le ainsi résilient.
Un autre matin de ma vie (bien plus tard), je suivais mon cours de psychogénéalogie avec assiduité et émotions. Je comprenais l’absence d’amour de ma lignée (surtout les femmes/mères), je décryptais les souffrances, j’intégrais les pourquoi. Et loin de moi ressasser ou faire pleurer dans les chaumières — bien que je ne vous cache pas qu’à cet instant, mes yeux sont noyés et ma cage thoracique va imploser.
Quel parcours, quelle vie mon âme a-t-elle choisie ?
Je suis là, devant mon clavier, à écrire des mots que je ne peux pas prononcer. Aujourd’hui, c’est lui mon confident. Aujourd’hui, la vie me tend une perche pour l’ultime compréhension. Le médecin radiologue, hier, m’a dit : « C’est une anomalie, c’est rien. » Mon médecin m’a dit : « C’est une lésion, il faut juste l’enlever… mais vous allez avoir quelques rayons. Il est tout petit, c’est une histoire de quelques jours… »
Depuis hier, je passe en revue tout ce qui est possible dans ma tête. Ça part de : « Marianne, n’oublie pas la loi d’assomption : si tu penses, tu crées… » En passant par : « Mais si je fais l’expérience, c’est bien que je l’ai demandée… » Ou encore : « Ah, tu as cru que ton inconscient était guéri, mais non, pas du tout… »
Et puis des réflexions beaucoup plus terre à terre : Comment vais‑je pouvoir le dire à mes enfants, à mon conjoint, à ma mère, à mes amies ?
Je me demande si ce n’est pas plus dur que d’annoncer la mort de quelqu’un. Je n’ai pas envie d’avoir des regards de compassion, ni des pleurs, ni rien. Je n’arrive même pas, moi-même, à avoir une réponse émotionnelle cohérente.
Et pourtant, si on fait des liens, on comprend bien des choses. Ma fille est partie un 27 février, et comme par hasard, mes résultats radiologiques tombent un 27 février aussi. J’avais 27 ans quand elle est partie, et là… 27 ans plus tard, mon cerveau trouve la solution parfaite qui vient se loger dans mon sein droit. On est d’accord : ça fait beaucoup de 27.
Et maintenant ? Que va‑t‑il se passer ? vais je encore passer par toutes les couleurs emotionelles de l'arc en ciel?
faut il encore vivre un deuil celui de mon corps?
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